Cet ancien édifice introduit une rue au visage ancien exceptionnellement préservé. La bâtisse du XVIIIe siècle, mitoyenne d’un autre édifice du même genre, adopte un volume bas et large en schiste sous couverture d’ardoises. Sa façade fermée et son plan irrégulier laissent supposer des modifications au cours du temps sur une construction à auvent traditionnelle de la Basse-Semois. L’aménagement interne mobilise les trois cellules logis-étable-grange habituelles dans ces campagnes. Siège d’expositions sur la vie rurale et entretenue dans un souci patrimonial, la maison abrite un intérieur bien préservé. Peu d’informations historiques sont disponibles pour ce bien. Il fut la propriété de la famille Dufour durant tout le XXe siècle. Leur dernier descendant était menuisier et charron. En marge de ces informations anecdotiques, le contexte historico-économique de l’édifice peut être esquissé. La région naturelle où s’implante le hameau de Mortehan est l’Ardenne centrale. Terre peu fertile de manière générale, l’Ardenne a appris à prendre parti de sa situation. Les hommes s’y implantent en hameau très restreint dépendant de villages à peine plus importants et favorisent l’élevage. Les exploitations agricoles y sont très modestes. Elles servent le plus souvent à subvenir uniquement aux besoins d’une famille. Le XVIIe siècle y est marqué par la peste, les conflits et les destructions qui prennent fin lorsque les troupes de Louis XIV quittent le pays, à la fin du siècle. Si bien que le patrimoine architectural qui nous parvient ne remonte que rarement au-delà du XVIIIe siècle. L’Ardenne est également une région isolée où les différentes implantations humaines vivent en autarcie. L’évolution des traditions et aménagements y est donc lente par cet éloignement des grands centres. Même au XIXe siècle, à l’ère industrielle, les villages ardennais conservent leur schéma ancien. Cette maison est un exemple remarquable de l’architecture rurale en Basse-Semois et en Ardenne en général. Elle cumule l’ensemble des critères qualitatifs possibles par son exceptionnel état de conservation externe et surtout interne.

Classement comme monument (intérieur et extérieur) le 23 mai 1972

  • Source: AWaP