L’église Saint-Pierre de Jamoigne est considérée comme l’une des plus anciennes propriétés de l’abbaye d’Orval, incorporée au domaine cistercien en 1267. Située sur un promontoire surplombant la Semois et légèrement en retrait du village, elle occupe une position stratégique dans le paysage. Cette localisation, ainsi que sa puissante tour carrée, font penser que l’église aurait pu être érigée à l’emplacement d’une ancienne fortification dont la tour en serait l’héritage. Cependant, aucune preuve historique ou scientifique ne semble corroborer la thèse de la présence d’une ancienne fortification à cet endroit. Une autre hypothèse, plus vraisemblable, consiste donc à considérer que la tour aurait été édifiée au XIIe siècle et sa maçonnerie fortifiée aurait alors servi à abriter occasionnellement la population. La tour serait restée en l’état depuis l’époque romane alors que le reste de l’église aurait évolué à travers les siècles. Ainsi, les informations historiques montrent que le porche de l’église est accolé à la tour au début du XVIIIe siècle tandis que la nef et le chœur auraient subi des transformations et auraient été partiellement reconstruits en 1724. La plus ancienne des deux sacristies, la sacristie nord, est ajoutée à l’église dans le dernier quart du XVIIIe siècle. La sacristie sud est construite environ un siècle plus tard, vers 1871-1872. Enfin, suite à la construction de la tribune en 1902, la tourelle d’escalier est ajoutée pour en permettre l’accès. L’intérieur de l’église contient des pièces mobilières (dont certaines immobilières par destination) intéressantes sur le plan artistique. Deux stèles funéraires sont ainsi remarquables. La première, située à droite de la chaire de vérité, représente deux défunts agenouillés l’un derrière l’autre. Il s’agit de Jehan du Faing (1594) et de son épouse Françoise de Cugnon (1605). La seconde, encastrée dans le chœur, est décorée de sculptures en marbre blanc représentant une Pietà et le couple défunt Beaudouin de Lanchette (1615) et Ysabeau d’Orbange. L’intérieur de l’église est également pourvu d’éléments baroques homogènes en bois sculpté et décoré tels que l’autel principal, les autels latéraux et la chaire de vérité. Enfin, les anciens bancs d’église en bois, plus sobre, ont le mérite d’avoir été conservés.
Classement comme monument et comme site le 4 octobre 1974